ROADBOOK N°3 · SUR MESURE
Photos M-Sirius et Cinquante mm, tous droits réservés.
En 1977, la dernière Berlinette sort de l’usine de Dieppe. Elle est verte, Vert Normand, avec un intérieur en tartan jaune et noir, une configuration si particulière qu’elle est devenue iconique. Vendue un jour, puis rachetée des années plus tard par son premier propriétaire, elle est revenue à la maison. En 2026, Dieppe arrête la production de l’A110 de nouvelle génération. Entre ces deux fins, un client de Ravage a eu une idée : fermer la boucle. Recréer la Berliverte, cinquante ans plus tard, sur l’une des toutes dernières A110 produites en 2026. Voici son histoire, et celle de ces deux autos qui ont profité d’une belle journée d’automne pour aller rouler ensemble.
01 · 1977
La Berliverte de Monsieur Limondin
Jean-Pierre Limondin entre chez Alpine en 1963. Jeune ingénieur formé à Toulouse, il rencontre Jean Rédélé à Paris, commence comme apprenti, part lancer la production au Mexique, puis revient à Dieppe, dans les ateliers de l’avenue Pasteur où l’on ponce encore les carrosseries dehors. Il fait partie de ceux qui déménagent l’usine en mai 1969, avenue de Bréauté, celle où naîtront les Berlinettes de la grande époque, puis l’A310. Soixante ans plus tard, il raconte tout cela avec une précision de mécanicien et une tendresse de père.
En 1977, il se fait livrer une 1600 SX. Quatre cylindres de 1 647 cm³, 95 chevaux, 790 kg, 195 km/h. Et une couleur que presque personne ne choisit alors qu’un tiers des clients commandent du bleu : Vert Normand métallisé. C’est la dernière Berlinette construite à Dieppe, et sa configuration, ce vert rare et ce tartan, est devenue iconique. « Si j’avais su qu’elle serait la dernière, j’aurais peut-être changé mon vert normand pour un bleu Alpine », sourit-il aujourd’hui. Il ne l’a jamais fait. Il s’en est bien séparé un jour, puis il a réussi à la racheter des années plus tard : elle est revenue à la maison, et elle n’en repartira plus. Les passionnés lui ont donné un surnom : la Berliverte. En janvier 2026, elle est exposée à Rétromobile, aux côtés d’une 1800 S Groupe 4 d’usine et de la dernière A110 R.
Photo Cinquante mm
Photo Cinquante mm
Photo Cinquante mmJean-Pierre Limondin, le monogramme 1600 SX, et le tartan d’origine de la Berlinette de 1977, intact.

Entretien vidéo · YouTube
Jean-Pierre Limondin, une vie chez Alpine
Regarder l’entretien
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur son destin extraordinaire au sein d’Alpine : un long entretien, à regarder ici même.
02 · 2026
Fermer la boucle
À la fin du mois de juin 2026, la Manufacture de Dieppe a assemblé sa dernière A110 de nouvelle génération. Neuf ans après Genève, la voiture qui a fait renaître la marque s’arrête, elle aussi, à Dieppe. Deux fins d’A110 dans la même ville, à quarante-neuf ans d’écart. Il y avait là quelque chose à célébrer.
Un client de Ravage, passionné d’histoire autant que de conduite, nous a proposé de le faire ensemble. Pas une réplique, pas un pastiche : un hommage. Prendre l’une des toutes dernières A110 produites à Dieppe en 2026 et lui donner l’âme de la première Berliverte, celle de Monsieur Limondin, avec sa bénédiction. Nous avons dit oui avant même qu’il ait fini sa phrase.
Un projet qui allie l’histoire et le futur, avec l’exigence et la précision d’aujourd’hui, pour faire des voitures de passionnés. C’est exactement pour cela que Ravage existe.
Photo Cinquante mmStudio Alpine Boulogne. La Berliverte de 1977 et son hommage de 2026, pour la première fois côte à côte.
03 · L’atelier
Un tartan, une sellerie, des seuils en carbone : la haute couture du détail
Tout est parti du tissu. Le fameux tartan écossais jaune et noir des sièges de 1977, celui de toutes les Berlinettes de la fin, n’existait plus. Nous l’avons refabriqué pour l’occasion, au motif près, dans une étoffe d’aujourd’hui qui accepte les exigences d’une voiture moderne : résistance, tenue des couleurs, toucher. Le dessin est celui de 1977. La main est la nôtre.
Autour de lui, une sellerie entièrement nouvelle, dessinée pour la Berliverte et pour elle seule : un cuir nappa noir très souple, surpiqûres claires, inserts en tartan au centre des baquets et des panneaux de porte, broderie « Berliverte » sur le cuir. Rien qui crie, tout qui se répond. Une configuration homogène, pensée comme un costume sur mesure.
Les seuils de porte, eux, sont une création Ravage, et un clin d’œil à nos voitures tout en carbone. Des seuils ultra légers, d’un millimètre d’épaisseur, dans le même matériau que nos carrosseries. Une laque gris métal, dans la teinte exacte des jantes, les habille, et à travers les lettres « Berliverte Hommage » on voit le carbone en profondeur. Un travail fait main.
Le projet a été mené avec le Studio Alpine Boulogne, à Paris Ouest, qui a accueilli la voiture et sa livraison. Chaque pièce a été conçue, fabriquée et assemblée en France.
Le regard du designer
Benoît Tallec, président de Ravage, ex-directeur design chez McLaren, est habitué à diriger des projets de voitures sur mesure. Designer de profession, il est là pour guider le client, l’orienter, le conseiller, et imaginer avec son équipe des autos extraordinaires qui répondent à ses souhaits. Il synthétise les rêves et les désirs pour en faire des véhicules d’exception. La Berliverte est née comme cela : d’une conversation, d’un souvenir, et d’un crayon.
Photo M-Sirius
Photo M-Sirius
Photo M-Sirius
Photo Cinquante mmLe tartan écossais jaune et noir refabriqué pour l’occasion, la broderie Berliverte et les seuils de porte en carbone d’un millimètre d’épaisseur, laqués gris métal, le carbone visible à travers les lettres « Berliverte Hommage ».
Photo M-Sirius
Photo M-Sirius
Photo M-SiriusComme la plupart de nos autos, elle a été confiée à notre confrère M-Sirius pour une protection complète PPF.
04 · La livraison
Un voile noir, deux voitures vertes, trois générations
Le jour venu, la Berliverte de 2026 attend sous un voile noir, au Studio Alpine Boulogne. À côté d’elle, Jean-Pierre Limondin a fait venir la sienne. Il y a le client, sa fille, et un monsieur qui a donné sa vie à Alpine et qui regarde la voiture qu’il a aidé à faire naître en 1977 et celle qui lui rend hommage en 2026. Le voile tombe. Personne ne parle pendant quelques secondes.
Puis les téléphones sortent, les portières s’ouvrent, la petite fille s’installe au volant, Monsieur Limondin photographie les deux voitures comme un jeune homme. C’est pour ces secondes-là que nous faisons ce métier.
Et parce qu’une livraison Ravage ne se résume jamais à une remise de clés, ce fut aussi l’occasion de partager un bon repas tous ensemble, et de refaire le monde. Celui d’hier, celui de demain, et surtout celui des voitures que l’on aime.
Photo Cinquante mm
Photo Cinquante mm
Photo Cinquante mm
Photo Cinquante mm
Photo Cinquante mm
Photo Cinquante mmLe voile, le dévoilement, la famille. Puis la relève au volant, Monsieur Limondin derrière son téléphone, et le cadeau du Studio Alpine.
05 · La route
Deux Berlivertes sur une petite route de plaine
On ne livre pas une voiture comme celle-ci dans un showroom seulement. Alors les deux Berliverte ont pris la route, l’une derrière l’autre, sur une petite route droite entre les champs. 790 kg devant, un peu plus de 1 000 derrière. Quarante-neuf ans d’écart, la même couleur dans la lumière d’automne, le même tartan sur les sièges, le même sourire au volant.
C’est cela, pour nous, le savoir-faire français : non pas un musée, mais une transmission. Des mains qui ont construit la première Berlinette aux mains qui ont cousu la dernière sellerie, en passant par un client qui a su, au bon moment, relier les deux. Chaque Ravage est unique. Celle-ci l’est doublement.
Puis Monsieur Limondin a refait un dernier signe de la main, et il est parti tout droit en direction de Dieppe. Rentré à la maison, au volant de sa Berliverte, comme il y a quarante-neuf ans. Et voilà.
Photo Cinquante mm
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Photo Cinquante mm
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Photo Cinquante mm
Photo Cinquante mmDeux Berliverte, trois générations, une petite route de plaine.
Photo Cinquante mmSur-mesure
Votre histoire mérite sa voiture.
Un tissu, une couleur, un souvenir de famille : nous en faisons une sellerie, une configuration, une Ravage. Parlons-en.
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